
Ce dimanche 7 septembre 2025 était un jour de mémoire, jour solennel et festif, la rue Edmond Picard devient la rue Andrée Geulen à Ixelles et Uccle.
La foule et le soleil étaient là pour rendre hommage à cette femme résistante qui a risqué sa vie pour sauver celle des autres. Elle a sauvé des centaines d’enfants juifs en les cachant à travers un réseau de familles et du pensionnat de Jamoigne. Elle allait les chercher, fragmentait les informations à travers cinq cahiers codés, les plaçait en lieu sûr.
Son nom est à présent mis à l’honneur dans l’espace public dans une rue reliant Ixelles et Uccle, comme un symbole des ponts qu’elle a jeté tout au long de sa vie.
Voilà le discours de notre Echevine de l’Urbanisme Julie de Groote pour l’inauguration de la rue Andrée Geulen :
« En pleine Première Guerre Mondiale, Rilke a écrit ce vers : « Wer, wenn ich schriee, hörte mich den aus der Engel Ordnungen?”, “Qui donc, alors que je criais, m’entendit là-haut, parmi les ordres des anges ? ». Cette strophe décrit toute la rage, le désespoir, la solitude que l’on peut ressentir dans la nuit, la nuit de la guerre, la nuit de la haine. C’est une phrase qui résonne dans l’actualité d’aujourd’hui, ce sentiment d’abandon et de terreur lorsque le monde semble se fermer.
Andrée Geulen a été la réponse à cette strophe pour des centaines d’enfants. Elle a été cet ange sauveur dans la nuit la plus sombre de la guerre. Elle a tendu la main, pas seulement avec compassion et empathie, mais avant tout avec une détermination sans faille et un courage inouï.
Nous connaissons la fin de l’histoire. Pas elle. Quand Andrée Geulen, toute jeune enseignante de 21 ans à Gatti de Gamond, a décidé d’entrer dans la résistance, le monde semblait fermé, perdu. Quel courage il a fallu pour cette jeune femme de se battre dans la nuit, de ne pas accepter la fatalité et de se dire que chaque enfant sauvé était une part d’humanité ! Aujourd’hui, nous connaissons la fin de l’histoire. On ne se trouvait pas alors dans une superproduction américaine, où on se projette du bon côté de l’histoire, où les horreurs sont juste suffisamment audibles pour passer auprès du grand public. Non, André Geulen a été confrontée à l’horreur, la vraie. L’échec aussi, l’horreur de devoir traduire l’ordre allemand de placer à gauche de la salle douze jeunes Juifs cachés à Gatti de Gamond, emmenés ensuite avec la directrice ainsi que son mari et ne jamais revenir. Cette horreur ne l’a pas soumise à la peur d’être emmenée à son tour, elle l’a révoltée.
Transformer la peur en indignation et force motrice d’action. Cette capacité d’indignation ne l’a plus jamais quittée tout au long de sa vie pour se battre pour les causes qu’elle estimait justes. Juste, elle l’a été. Juste, au-delà de l’angoisse, juste au-delà du confort de l’acceptation de la fatalité, juste surtout au-delà des frontières de l’appartenance qui sont des frontières immatérielles que peu de personnes osent transgresser.
Changer le nom d’une rue, c’est inscrire durablement l’histoire d’Andrée Geulen dans l’espace public, à la fois notre patrimoine matériel des rues ixelloise et notre patrimoine immatériel qui raconte la vie d’une héroïne. C’est le sens du travail de notre Commission Toponymie, et celle-ci poursuit un travail de fond remarquable, comme l’a souligné le Bourgmestre Romain De Reusme, à la fois un travail de mémoire et de son ancrage dans une actualité plus proche. Ainsi, nous avons nommé ensemble les rues du site U-Square, en reprenant des résistantes comme Thérèse de Radiguès, mais aussi en nommant la Cour d’Honneur du nom de Caroline Pauwels. Pour la rue Andrée Geulen, le travail de toponymie a été initié par Christos Doulkeridis et la majorité précédente.
À nous tous maintenant de faire vivre cette belle décision, de la faire vivre auprès des écoles, et le Premier Échevin Gautier Calomne en charge de l’Enseignement veut en faire une priorité, de la faire vivre dans notre histoire ixelloise. Parce que ce qu’Andrée Geulen nous transmet transcende les périodes et les générations. Il s’agit de courage, de combat juste, de capacité d’indignation et de remise en question de l’ordre établi. De leçon de vie. Merci pour cela, Andrée Geulen. »
