
66 logements et 3 000 m2 de surface commerciale : le projet Carrefour Molière obtient son permis, Ixelles intente un nouveau recours au Conseil d’État
“Le gouvernement bruxellois n’a pas mis à profit le long laps de temps pour revoir le projet contre lequel la commune d’Ixelles s’opposait. Il aurait fallu utiliser ce temps pour améliorer encore le projet“, dénonce l’échevine ixelloise de l’Uranisme Julie De Groote (Les Engagés).
D’un côté, un large espace non bâti dans la résidentielle rue Jean Chapelié. De l’autre, la commerciale chaussée de Waterloo et l’entrée du fameux Carrefour Molière. Et entre les deux, une large parcelle que le promoteur Fédérale Assurance entend bien exploiter davantage. Et malgré un permis en poche en 2023, confirmé par le gouvernement récemment, le projet se heurte une nouvelle fois à l’opposition d’Ixelles.
Le projet Carrefour Molière n’est pas neuf, il avait déjà été revu à la baisse il y a quelques années alors qu’il proposait 82 logements. La dernière version en date, celle de 2023, s’était néanmoins elle aussi attiré les foudres de la commune d’Ixelles et des riverains. Cette mouture prévoyait 66 logements et un peu plus de 3000 m2 de surface commerciale (avec démolition du Carrefour et du Quick actuels), le tout reparti à front de la chaussée de Waterloo et de la rue Jean Chapelié, ainsi que deux parkings en sous-sol pour un total de 146 places et une vingtaine d’abattages d’arbres.
Alors que le permis avait été accordé en septembre 2023, Ixelles avait introduit un recours devant le gouvernement bruxellois contre son volet urbanistique et son volet environnemental. Pour trancher ce type de recours, le gouvernement se base sur les avis des collèges spécialisés. Le collège d’urbanisme avait rendu un avis favorable au projet. Mais pas le collège de l’environnement qui, dans son avis de janvier 2023, pointait notamment la taille de la surface commerciale.
La décision finale revenait au gouvernement avec deux avis contradictoires pour s’aider. Plus d’un an et demi est donc passé avant que, à la fin du mois de mai dernier, le permis soit accordé par le gouvernement, quasi dans sa version de 2023 (avec de très petits changements mais rien de majeur sur les surfaces, les gabarits ou l’implantation.)
Des charges d’urbanisme pour l’autre bout de la commune
Puisqu’il n’y a pas de changements, Ixelles relance donc un recours pour faire annuler le permis mais cette fois devant le Conseil d’État.
Pour Julie de Groote, échevine de l’Urbanisme et du Patrimoine, “c’était une évidence pour nous d’introduire un recours vu l’importance de la densification et les inquiétudes légitimes des riverains. Alors qu’il en avait l’occasion, le gouvernement bruxellois n’a pas mis à profit le long laps de temps après les avis des collèges de l’urbanisme et de l’environnement pour revoir le projet contre lequel la commune d’Ixelles s’opposait. Il aurait fallu utiliser ce temps pour améliorer encore le projet.”
En dehors d’une densification de l’îlot jugé trop importante, tout comme les gabarits proposés, Ixelles attaque sur d’autres points. D’abord, les justifications que le gouvernement bruxellois avance pour expliquer son choix de ne pas suivre le collège de l’environnement.
Ixelles s’étonne aussi de la répartition des charges d’urbanismes (charge que paie le promoteur à la commune pour compenser l’impact de son projet). “Déjà, le projet n’a aucun logement social. Mais en plus, les charges d’urbanisme sont légalement censées être affectées à des aménagements dans le périmètre du projet. Mais ici, la région a décidé de les affecter pour des logements sociaux à Usquare, avenue de la Couronne et boulevard Général Jacques.” Autrement dit, à l’autre bout du territoire d’Ixelles.
Pour les riverains, le comité de quartier qui s’oppose au projet depuis cinq ans maintient aussi son opposition au projet. Contact a été pris avec des avocats pour analyser la pertinence d’un recours de leur côté, aussi devant le Conseil d’État. L’idée serait évidemment de ne pas faire doublon avec les arguments de la commune. Aucune décision n’a été prise pour le moment du côté des habitants qui doivent encore se concerter.
Malgré la décision du gouvernement d’octroyer le permis, la saga Carrefour Molière est donc loin d’être terminée et se réglera au Conseil d’État dont on connaît les délais de traitement assez longs (parfois de plusieurs années) pour ce type de recours.
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