Le récent jugement « We Are Nature » qui impose à la Région de Bruxelles-Capitale de suspendre l’urbanisation des terrains non bâtis de plus de 0,5 hectare jusqu’à l’adoption du futur Plan Régional d’Affectation du Sol (PRAS) et au plus tard fin 2026 nous interroge sur l’avenir du projet Universalis sur notre territoire. Comme beaucoup de Bruxellois, nous nous réjouissons d’une meilleure protection juridique accordée à nos grands espaces verts. Mais pour les parties prenantes des grands projets urbanistiques comme les communes, les riverains et les promoteurs, cette décision soulève aussi de fortes incertitudes.

Le principal enjeu d’éclaircissement de cette décision repose en une question simple : comment faut-il définir les notions d’ “urbanisation” et de “terrain non bâti” ? Vise-t-on uniquement l’absence de bâtiments ou d’autres types d’ouvrage, comme les voiries ? Que faire lorsqu’un même terrain est partagé entre plusieurs parcelles et propriétaires ? C’est la raison pour laquelle nous demandons à la Région une clarification urgente, car cette zone grise risque de bloquer des projets, d’alimenter des recours et d’affaiblir la capacité des communes à planifier l’avenir.

Pour la commune, c’est bien le projet d’Universalis situé sur le campus de la Plaine qui suscite le plus d’interrogations. Hasard du calendrier, quelques jours avant le jugement « We Are Nature », nous avons rendu un avis unanimement défavorable concernant la demande de permis de lotir Universalis. Au cœur de notre avis unanime se trouve la volonté d’une vision partagée entre les différentes composantes de la Région (Urban, Bruxelles Environnement), Ixelles et la commune d’Auderghem sur le développement exponentiel de tout le quartier, tout au long du boulevard du Triomphe et de la Plaine.

Si le permis de lotir était accordé tel que demandé pour Universalis, la totalité du projet pourrait dépasser 100.000m2, ce que nous limitons à 60.000m2, en incluant les immeubles déjà construits sur le site. Notre avis donne des lignes claires : limiter les gabarits initialement prévus jusqu’à rez +18 à une hauteur de rez + 10, préserver l’ouverture du site sur son environnement urbain, assurer l’inclusion d’équipements de proximité et d’une offre diversifiée des logements et, enfin, préserver et valoriser la biodiversité et les espaces verts, tant le parc que la zone ‘sacralisée’ non ouverte au public.

A l’heure où nous écrivons, nous espérons qu’une clarification aura été apportée au jugement par la Région, afin que l’ensemble des pouvoirs publics continueront à parler d’une même voix sur ce qui détermine le futur de tout un quartier. Au-delà des compétences, des blocages et des crises, il est essentiel de défendre ensemble une vision partagée de la ville.

Julie de Groote, Echevine de l’Urbanisme

Texte publié dans l’Info Ixelles de janvier 2026.

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